Compostelle: 12 vraies questions à un pèlerin

image_pdfimage_print

À 32 ans, Roberto, qui travaille alors dans le domaine de la finance, décide de vivre l’aventure de Compostelle. J’étais très curieuse d’en savoir plus sur ses motivations et son expérience à parcourir ce chemin initiatique. Il répond ici à mes questions avec générosité et authenticité.

Roberto à son 1er jour de marche dans les Pyrénées. Il avoue: « Je suis très essoufflé! 20 km de fait et 8h d’ascension… je doute de parvenir à faire 1000 km! »

Où avais-tu voyagé et à quel type de voyage étais-tu habitué ?

Je n’avais jamais voyagé de longues périodes mais j’ai découvert que j’aimais l’aventure et le déplacement plutôt que la sédentarité quand j’ai fait le tour des Cantons-de-l’Est à vélo.

Parti avec mon Guide de la route verte et un vieux sac-à-dos attaché avec de la corde sur une bécane douteuse, j’ai appris à perdre mon chemin en toute sérénité, à faire face à la solitude, à faire confiance à mon intuition dans le doute et j’ai surtout compris qu’il y a une valeur à se déplacer au coût de sa propre énergie pendant un long moment.

Une sorte de souffrance purificatrice qui caractérise le pèlerinage, l’introspection et l’apprentissage. J’ai compris que le voyage forgeait le caractère lorsque l’on s’exposait à l’inconnu.

Différents parcours existent.  Quel trajet as-tu as choisi et pourquoi?

À partir de Saint-Jean-Pied-de-Port, j’ai fait le Camino francès. J’ai atterri à Paris et ai pris un lift en covoiturage directement de l’avion jusqu’à Bayonne, un bon 10h de route (et après 10h d’avion), où je suis arrivé vers minuit pour dormir dans un AirBnB.

Je débarquais en plein cœur des fêtes de Bayonne où toute la ville fêtait dans les rues pendant une semaine! Claqué, je me suis endormi et le lendemain je prenais le train jusqu’à Saint-Jean-Pied de port, mon point de départ.

On est sérieux sans se prendre au sérieux dans la vie!

J’avais peu lu sur les trajets et c’est de façon un peu aléatoire que j’ai fait le Camino Francès. Je n’ai jamais vu où les chemins se séparaient et j’ai juste toujours marché tout droit.

Il y a en effet plusieurs chemins plus ou moins longs et le Camino Francès est le plus connu et celui présentant le plus de commodités en matière de gîtes. Nombre de grandes villes qu’il traverse sont magnifiques et il est parsemé de magnifiques villages.

Quelle a été ta motivation de départ?

C’était dans le cadre d’une année où j’ai décidé de me ré-approprier ma vie. Jusque-là, j’avais souvent eu peur de prendre des risques et j’en ressentais un handicap, je sentais ne pas avoir de contrôle sur ma vie et que si je continuais ainsi, je serais toujours frustré. Faire Compostelle était pour moi un rêve qui devenait réalité et croyez-moi que de s’attaquer à nos rêves permet de bâtir sa confiance afin d’en atteindre d’autres. C’est le plus beau cadeau que je me suis fait.

Se réapproprier sa vie c’est aussi d’apprécier les choses simples.

Quel a été ton rythme et ton budget?

J’ai entamé le chemin début août pour compléter 1000 km en début septembre avec un rythme moyen d’environ 30-35Km de marche par jour et avec des journées à 50Km. Le budget peut être très faible car on peut s’en tirer en général avec un lit pour 10 euros/nuit.

Quelle a été ta préparation physique?

Je suis une personne en forme donc je n’ai pas eu à me préparer spécialement. Je suggèrerais toutefois de s’entrainer à marcher en montagne avec un sac à dos plein et ses chaussures de marche afin de s’adapter et d’éviter les blessures car les premiers jours de marche sont très difficiles.

Marcher tôt le matin dans les Mesetas, un désert de 2 semaines de marche.

Décris une de tes journées typiques sur le chemin de Compostelle.

On se lève à l’aube et on remballe nos effets personnels dans une ambiance où le silence est d’or. Tous appréhendent de commencer à marcher car c’est difficile et comme tout dans la vie, il y a des bonnes et mauvaises journées. Chacun sa routine, mais j’aimais bien me faire des provisions de fruits, de noix et d’œufs cuits dur que je mangeais sur la route après une heure de marche.

Il y a de nombreux cafés et restaurants sur le chemin donc il est toujours possible de s’arrêter déjeuner sur une terrasse avec un café (ou une bière wink wink) et d’échanger avec les personnes que l’on croise. Les jours sont d’ailleurs faits de marches d’environ 10 km, suivies de pauses où on enlève ses chaussures et on se repose ou faisons sieste sous un arbre ou dans des endroits inspirant la sérénité.

Pause santé à la fontaine de vin rouge(à volonté) de la Bodega Irache!

Les églises, omniprésentes, sont aussi des endroits prisés pour le ressourcement. On croise nombre de commerces où, chaque jour, la sociabilité est de rigueur et tous apprennent à faire connaissance autour d’un repas ou d’un café.

Ces repos sont essentiels car le chemin est fait de joies et d’émerveillements mais la douleur et la solitude sont également présentes. Le questionnement à savoir pourquoi on a choisi de se lancer dans cette aventure où on peine parfois à mettre un pied devant l’autre, ayant le sentiment de marcher nus pieds sur du verre brisé, revient souvent. Pourquoi continuer? Mais comme dans tout, chaque jour, nous trouvons tous le courage de continuer malgré l’adversité.

Les églises du chemin sont riches de détails et sont un endroit magique pour reprendre des forces.

L’arrivée à destination est toujours d’un grand soulagement et le petit stress de trouver un lit dans une auberge,ou l’excitation de choisir de dormir à la belle étoile, nous accompagnent chaque soir.

Toutefois, si vous avez quitté la maison avec le cœur brisé et que vous recherchez une révélation sur le chemin, vous trouverez selon moi difficile de vous endormir dans les longs dortoirs et vous vous pencherez sur l’écriture afin d’éviter que votre esprit vous fasse moins souffrir.

Les lieux de repos prennent différentes formes. Ceci est une auberge 5 étoiles!

La chose la plus difficile que tu as vécu

Le plus difficile a été d’arrêter de marcher. Le dernier jour, à quelques km de ma destination finale, soit Muxia, je ne pu m’empêcher de pleurer en pensant aux gens que j’avais rencontré, aux endroits que j’avais vu et aux émotions que j’avais vécu.

Mes deux collègues pèlerins du moment m’ont pris dans leurs bras et nous avons pleuré à chaudes larmes tous ensemble. Tout ceci prenait fin et je sentais la tristesse, le vide m’envahir de plus en plus, alors que nous étions assis devant l’océan à contempler le soleil se coucher. C’était la fin d’un important chapitre pour moi. Je n’avais qu’un seul désir, de continuer à marcher.

Dernier coucher de soleil sur le magnifique Chemin de Compostelle.

La chose la plus le fun que tu as vécu

Il y en a eu de nombreux! Je dirais que la plus belle chose du Chemin ce sont les gens qui y sont. J’ai rencontré des gens extraordinaires, généreux, inspirants et tous le faisaient pour diverses raisons. En discutant de nos peurs, de nos rêves et de nos vies, on s’est reconnus et on s’est appréciés. Ces émotions sont les vraies choses qui font de nous des humains sensibles et riches.

Un couple marié depuis 35 ans qui faisaient le chemin presque chaque année.

Quel type de gens as-tu rencontré?

En parlant de ces gens, tous y trouveront leur compte. Il y en a de 18-70 ans. Hommes et femmes de tout métier et de tout horizon. Comme au quotidien, on développe des affinités avec certains et ces gens avec qui l’on choisis de partager notre Chemin, ce sont ceux qui nous feront grandir. J’ai rencontré des gens que j’ai revu et qui m’ont hébergé durant mon tour de l’Europe. Nous nous écrivons encore, 2 ans plus tard, afin de prendre des nouvelles et s’encourager dans nos vies.

La marche met le sourire aux lèvres et rend de bonne humeur!

Une anecdote pour nos lecteurs?

Je me rappelle vivement le souvenir de mon arrivée par train à Saint-Jean-Pied-de-Port. Je débarquais au milieu de nulle part, mes chaussures de marches fraîchement sorties de leur boîte et seul au milieu d’une gare déserte, plombée par le soleil brûlant de début d’après-midi.

Je regardai autour de moi et marchai quelques minutes dans une direction…pour ensuite revenir sur mes pas et aller dans une autre et cela, à quelques reprises. J’ignorais ce que je devais faire! Il n’y avait étonnement pas d’indications et je me senti stressé.

Inusité: Les chiens aussi font le chemin! L’objectif de l’organisation est de les faire adopter.

Le prochain voyage que tu aimerais faire?

Ce sera fort probablement à pied! J’ai vu que les Iles-de-la-Madeleine proposaient un chemin d’une dizaine de jours de ce type. Le Québec et le Canada offrent tant de beautés à découvrir que je suis persuadé que mes prochaines destinations seront ici.

En terminant, tes conseils pour une personne intéressée à faire le camino?

Faites-le. Pourquoi hésiter? Si vous ressentez cet appel alors répondez-y. Allez-y avec humilité, afin d’en recevoir l’enseignement. Ouvrez-vous à cette aventure qui vous fera sourire pour le reste de votre vie, elle ne fera que vous rendre meilleur. Mon conseil est de se lancer lorsque l’on entend un appel, il y a peu de chance d’avoir de regrets si on s’écoute et tout finira par arriver, simplement. Il ne faut pas attendre d’avoir toutes les  indications mais plutôt faire de la place dans notre vie pour accueillir les choses que nous voulons et se mettre en position de les vivre.


Natacha Charland

Natacha Charland

Natacha est la fondatrice du blogue. Elle a notamment vécu au Guatemala, en Équateur et au Bénin. Avoir des enfants ne l’a pas ralentie. Elle a récemment parcouru la Grèce et la Turquie avec sa meute pendant un congé sabbatique. Chose certaine, elle est toujours prête pour l’aventure et les découvertes, que ce soit à des milliers de kilomètres ou à quelques pas de la maison!

1 Commentaire

  1. Avatar
    Lucie st laurent
    11 mars 2019 / 11:58

    Felicitation Roberto… ton message est d une franchise sincère.. je me suis toujours demandé comment faisait les pellerins pour etre a la fine pointe de la perfection… soit trouver le bon chemin… la bouffe ..
    Toi tu nous décris ton aventure avec toute la simplicité des vrais obstacles et aventures de la vie ..
    Je ne rend compte que ke je fais pas compostelle ::LE CAMINO seule a cause justement de tout ce questionnement … Jai fais le Puy … auparavant accompagné… jamais seule .. merci bcp de ta simplicité

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Close